Cas de conscience
Alors oui, c'est pas très marrant.
Je trouve ça néanmoins important ...
L'auteur n'est autre que Serge Simon, ancien rugbyman bien connu ici à Paris, et c'est paru dans Rugby Hebdo du 2 octobre.
« Le soleil brille sur Marseille, mais pas sur Rangoon.
Je n’y arrive pas. J’essaye mais je n’y arrive pas. Je sais qu’il n’est pas bien d’aborder ce sujet. Tout d’abord parce ce n’est pas le lieu même si c’est l’heure mais surtout parce que je ne suis pas la bonne personne, très loin de là …
Et pourtant je ne me peux me résoudre à taire le bourdonnement qui électrise mon esprit. Comment puis-je être là, heureux, enthousiaste, enfantin à vivre cette Coupe du Monde ? Comment puis-je passer des journées entières à gloser sur tel et tel choix d’entraîneur ? Comment puis-je me rouler dans la farandole médiatique ? Et si je sors de mon nombril, comment peut-on dépenser autant de moyens humains, financiers pour ce qui reste une simple compétition sportive, alors qu’aux quatre coins de la planète le malheur et la terreur font rage ?
Cette question de la vacuité de mon horizon à l’aune des obscurités d’ailleurs ne date pas de ce jour. Je suis du bon côté de la barrière, c’est ainsi. Mais parfois la collusion des images rend visible le refoulé. Ces jours-ci, les médias ont déplacé (enfin) leur œilleton de notre président survitaminé parti «UMPéïser » la planète.
La « révolution safran », le soulèvement de Rangoon a envahit nos machines à laver médiatique…à côté de la Coupe du Monde de Rugby.
Bien d’autres faits divers planétaires n’ayant pas les honneurs des médias aujourd’hui justifieraient ce même questionnement mais c’est bel et bien la cohabitation des titres qui remet les museaux dans la fange
Ici on joue au Rugby, là bas se joue une toute autre partie…Je ne dois pas être le seul à avoir des difficultés pour enchaîner après avoir regarder les images en boucle des chars face aux moines.
La vacuité d’une compétition sportive face une répression sanglante. Le sang de nos arcades sourcilières contre le sang des blessures par balles. Les charges de nos héros face à celle des soldats de la junte birmane. Les parallèles sont nombreux et tous aussi insensés.
Je n’ai pas d’autre chose à proposer que l’exposition, l’étalement de mon malaise chronique aiguisé par la collusion médiatique des événements.
Je laisse des esprits bien plus éclairés que le mien pour analyser ces paradoxes de notre société médiatique et spectaculaire. Je suis simplement désarmé devant cela. Notre société est certainement le reflet de notre propre complexité.
Et puis je connais la musique, « the show must go on » et c’est vrai. Mais simplement même si l’on a coutume de dire que le Monde s’est donné rendez-vous chez nous pour cette Coupe du Monde…n’oublions pas qu’il ne s’agit que d’une expression.
Le monde poursuit sa route chaotique ailleurs et pas que sur des pétales de roses. Ce n’est pas à nous de l’arrêter mais cela donne des devoirs. Apprécier à sa juste valeur notre chance et la partager autant que faire se peut avec ceux qui ne l’ont pas. »
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